Après ma dernière note de « futurologie du search » comme j’ai pu le lire dans vos commentaires, retour à quelques souvenirs passés pour tenter de répondre à la question du jour.
Fin 1998, lorsque je rentre chez AOL la folie douce s’empare des commerciaux, dont je faisais parti. Le thermomètre du CPM de la bannière 468x60 grimpait à vue d’œil. Les clients dépensaient un argent fou pour finalement peu de contacts quand on compare la population internaute d’aujourd’hui. A cette époque, une phrase mythique circulait dans les couloirs et nous en étions tous fiers : « AOL is not on sale. » : réponse de Steve Case, fondateur d’AOL, faite à Bill Gates quand celui-ci l’avait convoqué quelques années auparavant dans son bureau pour acheter cette « Amérique en ligne ». Steve Case avait une vraie vision, faire d’AOL la porte d’entrée sur internet, comme Gates avait dans les années 80 la vision d’un PC dans chaque foyer. En Janvier 2000, AOL fusionne avec Time Warner et devient la première world media company, un monstre media de 106 milliards de dollars de capitalisation boursière. Aujourd’hui, c’est Google titrait Reuters cette semaine, (Google now most valuable media company) du haut de ses 80 milliards de dollars – AOL étant « retombé » à $78.1 milliards de dollars. In fine, personne n’a jamais su combien valait réellement AOL ; d’ailleurs les chiffres déclarés à l’époque étaient en partie tronqués, preuve en est les enquêtes réalisées depuis par la SEC. Enfin, à de tels niveaux, dans son souci d’analyse le petit porteur américain n’est plus au milliard de dollars près….
Alors combien vaut réellement Google ? Précisément : personne ne le sait. A la louche : beaucoup de monde !. Le seul vrai thermomètre est la règle d’or de Wall-Street qui valorise toujours l’avenir et non pas le présent d’une société. Les mauvaises langues diront qu’elle valorise des promesses. Deux sources peuvent nous aider à répondre à la question. D’un côté, les analystes financiers, de l’autre Google lui-même. Les analystes ne savent pas vraiment parce que Google ne fournit aucune prévision de chiffre d’affaire et de marge à Wall Street. Les analystes tentent bien de « deviner » et encore, souvent en milieu de trimestre quand tombent les chiffres d’audience et le CPC moyen du premier mois du trimestre en cours. Une chose est sûre, le cours d’aujourd’hui reflète la croissance prévue du marché des liens sponsorisés d’ici à fin 2007. Au-delà, difficile de savoir. Mais à moins que d’ici 2007 soit découvert un autre moyen encore plus rentable pour les annonceurs de dépenser leurs budgets marketing, je ne vois pas pourquoi le titre baisserait. Quant à Google lui-même, il lui a toujours été difficile de prévoir son propre chiffre d’affaire d’un trimestre à l’autre tellement la croissance est surprenante.
A court terme, je serais –je parle bien au conditionnel et non pas au futur- acheteur du titre dès maintenant avant qu’il n’atteigne en Juillet les 300$. Car d’ici la première semaine d’août 2005 le titre va encore grimper et ce pour deux raisons : il prendra au moins 2% le jour de son introduction dans l’indice S&P 500 –les spécialistes parlent plutôt de 10% mais je n’y crois pas- et à l’annonce de ses résultats du Q2 2005, où le titre peut prendre 5% facilement. Le Q2 étant avec le Q4, les deux trimestres les plus forts de l’année. Après août je ne serais plus acheteur, car les incertitudes du Q3 et les prises de bénéfices en fin de mois boursiers vont commencer à peser. Conclusion je me risque au pronostique suivant et sauf incident géopolitique global majeur : dépassement des 300$ d’ici la fin juin, petite baisse en juillet -290$ à 280$- puis 325$ début août après les résultats annoncées du Q2. Je me risque ouvertement à ces prévisions, on en reparlera début août. Si je me trompe la blogosphère s’occupera de moi ;-), à l’inverse je tenterai de continuer cet exercice qui m’amuse bien.
A long terme, l’alternative est la suivante : soit Google campe sur son seul marché des liens sponsorisés et la croissance est déjà inscrite dans un cours plafonné à 350$. Les inventaires supplémentaires que représenterait le marché des petites-annonces, de l’instant messenging etc…sont pratiquement déjà inscrits dans un cours à 350$. Au delà, on commencera à rentrer dans l’irrationalité où il sera de bon ton d’avoir du Google en portefeuille parce qu’il faut avoir du Google. Par contre, si Google devait se lancer dans un marché autre que celui des liens sponsorisés, alors nous rentrons dans l’univers des possibles. Aussi bien à la baisse comme une sanction de Wall-Street face à des investissements jugés hors core-business, ou à la hausse si jamais le relais de croissance s’avère important. Dans ce dernier cas, les 400$ peuvent être dépassés très aisément…même si les arbres ne montent jamais au ciel.
Au fait, notre TF1 gaulois -première TV privée d’Europe en terme de CA tout de même- ça vaut combien avec la TNT d’ici 2007 ?